Un conservatoire innovant !

Lalin, Galice
Un conservatoire innovant !

Le Conservatoire de Musique traditionnelle et Folk (CMTF) de Galice a ouvert ses portes en 2000, à Lalin, ville située a une cinquantaine de kilomètres à l’Est de St Jacques de Compostelle. Uxia Pedreira assure la direction de cette école de musique un peu spéciale, depuis 5 ans maintenant. Elle répond à nos questions entre 2 cours et un enregistrement en studio. En effet, Uxia est également auteur, compositeur, interprète.



Racontez-nous l’histoire du conservatoire. Qui en est à l’origine ?
Depuis le départ, j’ai présenté le projet avec l’aide de Ramon Pinheiro et José Luis Do Pico Orjais. A Lalin, l’association Berra qui organise le festival « A foliada de Lalin » (un des festivals alternatifs de Galice, avec le Festival d’ Ortigueira) possédait déjà une école de musique folk. La vie m’a amenée à Lalin, ville où j’avais déjà joué avec mon ancien groupe et où j’avais été conviée à présenter un énorme festival aux côtés de Manu Chao. J’ai présenté le projet en septembre 1999 et nous avons ouvert les portes du Conservatoire le 14 février 2000, jours des amoureux… de la musique.

Le conservatoire de musique traditionnelle et folk est né dans le but de combler un vide éducatif dans le monde de la musique galicienne. Vu l’importance et les répercussions actuelles des musiques traditionnelles, il nous semblait indispensable et vital de créer un centre de formation où l’on proposerait un enseignement réfléchi, effectif, connaisseur de tradition, mais aussi un enseignement menant aux chemins de la création.

Le CMTF développe depuis le début, un plan de formation qui a pour but de normaliser l’enseignement de ce type de musiques. Le programme des cours que nous dispensons, suit un cheminement planifié. Il offre aux élèves une formation globale, leur permettant, non seulement, une réussite en tant qu’instrumentiste ou chanteur, mais aussi l’acquisition de valeurs, de connaissances basiques pour qu’ils connaissent, comprennent et respectent la « musica de raiz », musique des racines.
On travaille également au développement de la créativité et des multiples possibilités de manifestations artistiques à l’intérieur même de la musique traditionnelle. La connaissance des nouvelles techniques musicales et artisanales, la constante réélaboration de la musique des racines, le suivi de l’actualité discographique, l’étude des théories contemporaines sur la musique patrimoniale, le travail scénique, la stimulation de l’esprit critique… tout ceci fait partie des concepts, des chemins en vigueur dans le processus éducatif du conservatoire.

Vous venez par ailleurs de créer une association…
En Effet, depuis peu, au sein du CMTF, nous avons crée une association composée essentiellement des enseignants du conservatoire, de l’équipe de production et d’élèves actifs. Elle prétend offrir un enseignement complet à toutes les personnes qui viennent en quête d’une formation plus solide et diversifiée en musique traditionnelle, aussi bien au niveau de l’instrumentalisation qu’au niveau théorique. Nous ne souhaitons pas non plus fermer la porte aux musiciens qui cultivent d’autres styles de musique et souhaitent un enseignement complémentaire pour leur formation. L’association essaie également d’exporter ce modèle de centre artistique, en mettant en relation l’industrie et le potentiel de la musique galicienne.

Parallèlement à l’enseignement proprement dit, nous organisons des rencontres, des cours à l’année et des stages. C’est une plateforme pour s’ouvrir aux autres villes de Galice, divulguer, promouvoir et travailler dignement dans la musique traditionnelle faite ici.

L’association se sent essentielle dans la construction d’une nouvelle époque musicale. C’est un endroit qui regorge d’efforts, de créations, d’intention et de respect entre les personnes qui consacrent leur vie à faire de la musique de manière professionnelle, en Galice.

Combien d’élèves avez-vous actuellement ? Le conservatoire est-il ouvert à tous ?
Le CMTF est situé au centre de Lalin. Il est d’emblée destiné aux populations locales même s’il propose ses formations aux villes comme Saint Jacques de Compostelle, Ourense, Lugo ou Vigo. C’est un centre adapté aux besoins spécifiques du champ musical galicien, avec une ouverture « Européiste » innovante. Nos élèves viennent de partout, des quatre coins de la Galice.

Actuellement, nous avons 80 élèves. Nous avons également ouvert la toute première école de folk infantile, pour les enfants de 5 à 12 ans. C’est un projet pilote qui fonctionne depuis quatre mois seulement, et qui sera sans doute mis en place également à Pontevedra.

Qui sont les professeurs du Conservatoire ? Parle-nous un peu d’eux.
L’équipe enseignante est composée d’une douzaine de personnes, chacune spécialisée et expérimentée. Ramon Pinheiro est toujours à mes côtés et, quand il n’est pas trop occupé par la gestion de son entreprise de documentation musicale « Ouvirmos », il se charge des cours d’histoire de la musique Galicienne. Notre professeur de gaita, Edelmiro Fernandez a gagné le 1er prix du Trophée Macallan au Festival Interceltique de Lorient en 2001. Il a également participé à des concerts internationaux avec Shaun Davey… Oscar Fernandez et Chuco Estevez, anciens membres du groupe Chouteira donnent respectivement les cours de vielle et de percussions. Pour les cours de chant, nous faisons appel à Guadi Galego, chanteuse du célèbre groupe Berroguetto. Quant à moi, je suis directrice, prof de chant et un peu psychologue…

Quelle est votre position envers la musique traditionnelle ? Comment choisissez-vous le répertoire enseigné ?
Chacun des professeurs a sa propre expérience avec la musique traditionnelle. Chacun s’est inspiré, nourri de la musique traditionnelle mais aussi de musique classique, de jazz, de rock… Ainsi, au dessus de tout, il y a un respect collectif et un niveau élevé de création et d’amour de la profession.

Pour le conservatoire, la musique est communication et en tant que telle, elle mélange des éléments différents : la technique, la scène, l’histoire, la créativité et la vie même.

Les morceaux que nous enseignons correspondent au niveau de difficulté et d’apprentissage, suivant le cours et le niveau. Le CMTF a créé un programme de cours pour la musique traditionnelle, chose qui n’avait pas été organisée avant. Les morceaux enseignés viennent de sources variables : collectages, feuilles volantes, documentation écrite, nouvelles compositions, improvisation, compositions des élèves…

Quels sont les projets du Conservatoire ?
Nous allons travailler sur la production de projets musicaux innovateurs dans cette partie du monde : par exemple des rencontres autour de la vielle afin de donner un nouvelle impulsion à l’instrument ; de même pour l’accordéon diatonique. Nous allons aussi organiser des cycles de concerts ou l’où pourra voir et entendre des maîtres de la musique européenne, des cycles de formations… comme nous l’avions déjà fait il y a quelques années en invitant Jacky Molard, Dominique Molard, Jean-Michel Veillon et Jacques Pellen.

En plus de ces projets, nous maintenons des échanges avec nos homonymes portugais, catalans…

AURELIE DRILLET (actu@dastum.net) – Musique Bretonne n° 190 – dastum.net